L’art textile en France (2)

Les soieries – La technique du tissage de la soie est attestée dès le XII siècle à Poitiers, Reims et Troyes. A la fin du siècle suivant, des ateliers fabriquaient à Paris velours et draps de soie, et Lyon allait bientôt se distinguer par le savoir-faire de ses tisserands. Après avoir installé dans cette cité une manufacture royale destinée au tissage de la soie et du drap d’or, Louis XI mit lui-même en péril l’industrie de cette région en faisant transporter métiers et tisserands à Tours. Soutenue par Charles VIII et par François Ier qui attira à la cour nombre d’ouvriers étrangers, l’industrie de la soie prospéra considérablement en Touraine, le travail étant exécuté sous la direction des artisans italiens.

Avec le déménagement de la cour royale à Paris au XVIème siècle, le travail de la soie s’imposa de nouveau en France avec Lyon comme place forte. Henri IV se préoccupa pour sa part de développer une sériciculture nationale, dotant ainsi la France d’une matière première jusque-là importée. Technique et matériel se perfectionnèrent progressivement : un artisan lyonnais inventa en 1605 le métier à la grande ire, et les étoffes se firent de plus en plus élaborées, bien que, jusqu’à l’époque de Louis XIV et de Colbert, les tissus très luxueux aient continué à venir d’Italie. A partir du XVIIème siècle, c’est le goût français qui influencera dorénavant le reste du monde. Comme dans de nombreux autres domaines, l’évolution de la fabrication des soieries fut largement redevable à l’initiative de l’Etat et à sa politique visant à encourager systématiquement la production nationale. Avant les premiers magazines, qui apparurent dans le dernier quart du XVIIIème siècle, l’évolution de la mode demeura lente, en dépit du renouvellement constant des motifs. Les soieries ne servaient pas seulement à la fabrication des costumes, mais aussi à la confection de tentures murales et de revêtements de sièges. Les tissus d’ameublement étaient harmonisés de manière à permettre la décoration de pièces entières. La symétrie alternait avec l’asymétrie dans les étoffes dites « bizarres » des années 1700 ; plus tard, la mode fut aux motifs de dentelle et aux fleurs naturalistes vivement colorées ; la vogue des chinoiseries se répercuta aussi sur le décor de ces textiles.

Affaiblie par la Révolution, la ville de Lyon ne reprit ses activités textiles que sous le Consulat, où elles prospérèrent sous l’impulsion de Napoléon. L’invention du métier jacquard ajouta encore au dynamisme de cette industrie, si bien que dans la seconde moitié du XIXème siècle, la production mécanisées prit définitivement le pas, dans ce domaine également, sur la coûteuse tradition manuelle.

L’art de la tapisserie – En France, la notion d’art textile évoque irrésistiblement les prestigieuses tapisseries dont ce pays se fit une spécialité du XIVème au XVIIIème siècle. On y pratique depuis le haut Moyen Age cet art qui consiste à tisser sur des métiers de haute ou basse lisse des ouvrages en laine ou en soie destinés à la décoration des intérieurs. Ce savoir-faire a sans doute été appris en Orient au cours des croisades, en même temps que de nombreuses autres activités artistiques. Les tapissiers semblent avoir d’abord travaillé sur des métiers de basse lisse pour répondre aux besoins de l’Eglise ; au XIIIème siècle, ils étaient déjà groupés en corporations.

L’usage des pièces tissées sur haute lisse se généralisa au XIVème siècle, principalement parce que le métier de basse lisse ne permettait pas alors la réalisation de tentures de grandes dimensions et empêchait le lissier de suivre l’évolution du tissage. Les tapisseries se multiplièrent : on les accrochait sur les murs, les portes, autour du lit ou comme cloisons au milieu des pièces des demeures seigneuriales ; on les suspendait parfois même dans les rues. Elles jouaient également leur rôle à la guerre, où elles composaient de véritables « chambres de tapis ».

Paris abritait au XIVème siècle les plus illustres ateliers de confection de tapisseries ; dès cette époque pourtant, Arras lui fit concurrence. Le roi Charles V ainsi que ses frères, les ducs d’Anjou, de Berry et de Bourgogne, se fournissaient en tentures chez les maîtres tapissiers, en particulier chez le célèbre Nicolas Bataille. Celui-ci reçut en 1379, de la part du duc d’Anjou, la commande d’une suite de tapisseries représentant des scènes de l’Apocalypse selon Saint-Jean. Achevée quelque cent ans plus tard, cette suite exceptionnelle, tant par ses dimensions que par la finesse de son exécution, représente le plus ancien ensemble de haute lisse que nous ait donné le Moyen Age.

Au XVème siècle, la prise de Paris par les Anglais paralysa les ateliers, favorisant le développement de centres tapissiers provinciaux, tels ceux de Reims, Troyes, Avignon et Perpignan. La ville d’Arras, surtout, bénéficia de cette éclipse, avec tant de succès que son nom devint, dans plusieurs langues, synonyme de tapisserie. Cette cité faisait alors partie du duché de Bourgogne, l’un des plus riches et des plus puissants de France, qui comprenait une grande partie de la Flandre. La ville des arazzi bénéficia ainsi de l’alliance du duc de Bourgogne avec l’Angleterre, où les ateliers de tapisserie s’approvisionnaient en laine et avec qui ils commerçaient en priorité. Cette prospérité ne survécut pas à la mort de Charles le Téméraire et, surtout, à la prise de la ville par Louis XI en 1477.

A partir de la seconde moitié du XVème siècle, des centres se développèrent dans les Flandres et dans le nord de la France, mais c’est de Tournai que provient la quasi-totalité des grandes tapisseries richement imagées qui ornent encore aujourd’hui nombre de cathédrales, de châteaux et de musées. En règle générale, la composition et le style de ces tentures, ainsi que, dans une moindre mesure, leurs sujets, rappellent la grande école de peinture flamande et néerlandaise qui leur était contemporaine. De style gothique tardif, le décor présente une multitude de personnages vêtus de riches costumes de l’époque, une perspective assez raide et des thèmes généralement mythologiques, historiques ou religieux. L’année 1513 fut funeste pour les ateliers de Tournai ; devenue anglaise et ravagée par la peste, la cité céda la place à d’autres centres fondés pour répondre à des demandes locales, à Valenciennes et à Lille, par exemple.

Avec la Renaissance, un changement important survint dans la tapisserie française : le XVIème siècle vit en effet l’instauration de manufactures royales sur le lieu des ateliers indépendants. La première manufacture de tapisserie fut mise en place par François Ier à Fontainebleau pour concurrencer les ouvrages de Bruxelles.

Prenant modèle sur Bruxelles, où le roi François Ier passait commande, les centres français introduisirent l’inspiration et la perspective propres à la peinture italienne, ainsi que la bordure « en cadre », qui domine encore aujourd’hui la tapisserie imagée européenne. Ce fut l’époque des « mille fleurs », ainsi nommées en raison du semis abondant de plantes et de fleurs miniatures qui forme l’arrière-plan des tentures. On y relève souvent aussi, à côté des sujets religieux toujours présents, une inspiration tirée de la nature ou de scènes de la vie quotidienne, le tout traité dans un souci croissant de clarté et de finesse. Allégories et tableaux de chasse délicats se disputent souvent le thème de ces compositions. Datée de la première moitié du XVIème siècle, la fameuse et mystérieuse Dame à la Licorne est dans doute la pièce la plus représentative de cette période artistique, dont elle possède, à un très haut degré, la grâce si particulière.

En partie à cause des guerres de religion, de nombreux tapissiers quittèrent la France au début du XVIIème siècle. Aussitôt les conflits religieux apaisés, Henri IV travailla au développement de tous les arts et les activités industrielles de son époque, de manière à libérer la France d’un important tribut payé au-delà des frontières pour l’acquisition de biens manufacturés. Reprenant l’initiative d’Henri II et de Catherine de Médicis, qui avaient soutenu l’atelier parisien de la Trinité, il eut l’idée d’accorder des logements aux artisans dans les galeries du Louvre, afin de pourvoir aux besoins de la cour. Le roi espérait ainsi attirer en France des étrangers qui y feraient école. Plusieurs ateliers de tapisserie s’installèrent alors à Paris, à l’instar de celui des Flamands François de la Planche et Marc de Comans qui reprirent, entre le moulin Croulebarbe et la rue de la Reine-Blanche, un atelier de teinturerie appartenant à la famille des Gobelins. En échange de multiples avantages fiscaux, les deux artisans s’engagèrent à prendre vingt-cinq apprentis et à produire des tentures dont le prix de vente ne serait pas supérieur à celui des pièces flamandes. La fondation en 1627 de l’atelier de la Savonnerie, avec à sa tête le peintre Pierre Dupont, est également due à Henri IV.

Le surintendant de Louis XIV, Nicolas Fouquet, fonda quant à lui un petit atelier à Maincy, consacré à son usage personnel : l’ornementation du château de Vaux-le-Vicomte. Après la disgrâce de Fouquet en 1661, son successeur Jean-Baptiste Colbert fit déménager les métiers et restituer à la couronne tout ce que cette demeure contenait de richesses. Les tapissiers s’installèrent à Paris dans l’atelier des Gobelins racheté en 1662 – qui devint Manufacture royale de meubles de la couronne en 1667 -, sous la direction du grand ordonnateur de la décoration des palais royaux, le peintre Charles Le Brun. L’Histoire du Roy constitue sans doute l’un des plus fameux chefs-d’œuvre qui sortirent de cet atelier. Colbert décerna à peu près au même moment le titre de manufacture royale à d’autres ateliers, tels ceux – de basse lisse – de Beauvais, de Felletin et d’Aubusson.

Après une courte pause imposée par des guerres ruineuses, les ateliers de tapisserie royaux se remirent au travail au début du XVIIIème siècle, dès les premières années du règne de Louis XV. Différents directeurs artistiques se succédèrent avec bonheur à la tête de ces ateliers – Jean-Baptiste Oudry, par exemple – et Madame de Pompadour y exerça une influence non négligeable. Le rôle des peintres s’affirmait de jour en jour et François Boucher fut notamment à l’origine de la réalisation de multiples ouvrages. La tendance de cette tapisserie décorative était à la multiplication des nuances et des teintes mises au service d’une reproduction fidèle des tableaux. Les thèmes privilégiés étaient puisés dans la tradition mythologique et les artistes campaient volontiers leurs personnages dans de charmants décors champêtres.

Avec Louis XVI et le classicisme, les tentures se firent plus sévères et conventionnelles, jusqu’à l’arrivée de la Révolution. Les manufactures de Beauvais et des Gobelins subirent alors d’importantes réformes qui mirent progressivement fin à la fantaisie et à la créativité de leurs artisans.

Depuis la seconde guerre mondiale, la tapisserie française a connu un renouveau impressionnant, grâce à des réalisations inspirées des cartons de peintre célèbres, dont Henri Matisse, Marcel Gromaire et Fernand Léger. Jean Lurçat, enfin, représente sans doute, avec sa célèbre suite intitulée Le chant du monde exposée à Angers, le maître tapissier contemporain le plus prestigieux.

L’art textile en France (1)

Après avoir occupé depuis des siècles une place prépondérante en matière de production textile, la France se distingue aujourd’hui encore dans les domaines de la mode et de la haute couture. Dans presque toutes les branches de l’activité textile, ce pays est à l’origine d’ouvrages d’une excellente qualité technique et artistique : tapisseries, soieries, dentelles, broderies et étoffes imprimées, notamment, rivalisent par la créativité et la virtuosité mises en œuvre.

Le plus ancien témoignage textile retrouvé en France est un fragment de corde en fibres végétales daté du paléolithique, découvert dans la grotte de Lascaux : dès cette période extrêmement précoce, les habitants de ce territoire savaient filer et tordre les fibres végétales, première étape d’un processus de plus en plus complexe. Les plus anciennes preuves de tissage – des restes de toiles de lin – remontent au néolithique ; elles ont été exhumées du fond du lac de Chalain, dans le Jura. Des fibres de laine figurant parmi les plus anciennes d’Europe proviennent également de cette région. En outre, l’un des tout premiers témoins du tissage du sergé en Europe a été découvert en Indre-et-Loire : c’est un fragment d’étoffe de lin – un chevron – de l’âge du bronze, datant d’environ 800 ans avant notre ère.

A partir de l’âge du fer, les textiles se diversifièrent ; le tissage aux cartons fit également son apparition. L’époque romaine, ensuite, nous a laissé deux vêtements à peu près complets, les seuls costumes romains conservés au nord de la Méditerranée : il s’agit de deux tuniques, l’une en armure panama, l’autre en laine, accompagnée d’une paire de bas de laine en sergé et d’une ceinture en reps, découvertes, pour la première, à Bourges et, pour la seconde, aux Martres-de-Veyre dans le Puy-de-Dôme.

La période mérovingienne a fourni plusieurs éléments textiles d’une grande valeur, les plus célèbres étant les vêtements fort bien conservés du tombeau présumé de la reine Arégonde (épouse de Clotaire Ier et belle-fille de Clovis, qui vécut au VIème siècle après JC) à Saint-Denis, grâce auxquels on a pu reconstituer un costume mérovingien presque complet. La reine était vêtue d’une chainse de lin fin, recouverte d’une tunique de soie pourpre, toutes deux tombant aux genoux, ainsi que d’un bliaud de soie rouge. Elle portait également un voile de soie, des bas de lin et une cape de laine rouge, frôlant le sol. La tombe d’une autre reine mérovingienne, Bathilde, qui mourut à Chelles vers 680, nous a livré, outre un manteau en demi-cercle de taffetas de soie, deux très belles bandes de tissage aux cartons décorées de figures animales et géométriques. D’autres fouilles enfin nous ont mis en présence de galons rehaussés de fils d’or.

Au XIIème siècle, Paris tenait déjà un rôle déterminant dans la vie spirituelle de l’Europe. L’université de la Sorbonne, dont l’enseignement à dominante théologique était accessible aux étudiants de tous les pays, constituait l’un des atouts majeurs de la ville. Malgré les ravages de la guerre de Cent Ans, la richesse de la France s’accroissait et les goûts de luxe de plus en plus prononcés de la cour encouragèrent le développement des arts et de l’artisanat. Forts de l’extension considérable du marché, les professionnels du textile s’organisèrent en corporation, qui insufflèrent une vigueur nouvelle aux productions de ce domaine avec, en premier lieu, la broderie, le tissage – en particulier les soieries – et la tapisserie.

La broderie – Répandue en Occident depuis l’époque des premières croisades, la broderie a d’abord été consacrée à des usages religieux ; jusqu’au XIVème siècle, en effet, elle servit surtout à orner les textiles liturgiques, la célèbre tapisserie de Bayeux de la fin du XIème siècle constituant peut-être la principale exception. La France se distingua par sa maîtrise exceptionnelle du travail de la soie et du métal.

Puisant leur inspiration dans les autres arts – ferronnerie, architecture et peinture essentiellement -, les brodeurs se spécialisèrent, qui dans la confection d’aumônières, qui dans celle de chasubles, par exemple. Puis, à partir du XIVème siècle, la broderie profane prit son essor et les artisans mirent également leur savoir-faire au service des seigneurs et de la cour, en décorant richement costumes et textiles d’ameublement. Evoluant avec le temps, cette activité se poursuivit avec plus ou moins de bonheur jusqu’au siècle de Louis XIV, où elle prit des proportions encore inégalées. Elle investit alors les supports les plus variés dans une quête toujours plus savante de la somptuosité : on brodait alors les housses de chaises et de sofas avec des fils de laine et de soie aux couleurs bigarrées et on décorait les tentures de reps de broderies précieuses de soie multicolore. Le vêtement masculin surtout – habit, culotte et gilet – fut abondamment travaillé. Au XVIIIème siècle, la broderie représentait toujours un secteur particulièrement dynamique : on recensa quelque vingt mille brodeurs en 1789 dans les ateliers de Lyon !

La broderie française adopta un nouveau visage au XIXème siècle, avec le déploiement dans toutes les classes de la société, du phénomène des « ouvrages de dames ». Devenu un élément fondamental de l’éducation des jeunes filles, ce travail à l’aiguille représentera désormais un loisir féminin privilégié et redeviendra, de façon plus contemporaine, un support de la création artistique. Des grands noms de la haute couture lui apporteront enfin un prestige supplémentaire ; ceux de Lesage et de Rébé resteront ainsi associés à la notion de broderie de luxe.

L’histoire des grilles pour la broderie

Les grilles ou diagrammes – dessins pour la broderie – apparurent pour la première fois à Berlin, en Allemagne, au début du XIXème siècle. C’est pour cela que pendant longtemps, broder à points comptés avec de la laine ou de la soie, en utilisant un dessin pour s’orienter en comptant points et carrés s’appela « la broderie de Berlin ».

A cette époque, pour répondre à la demande d’une clientèle de plus en plus exigeante et avide de plus en plus de modèles inédits, certains commerçants décidèrent de vendre des dessins destinées à la broderie aux points comptés (point de croix, demi-point ou petit point, point de velours, etc). Cette invention facilita considérablement le report des couleurs sur le tissu. A part les points comptés, les brodeuses utilisaient également de la passementerie, des perles, des rubans, le tout dépendant de l’effet recherché.

Au début, le dessin était peint à la main sur papier quadrillé, chaque carré représentant un point ; il suffisait, pour exécuter le travail, de compter carrés et points. Les clientes préférèrent d’abord les petits motifs qu’on travaillait en soie, puis, vers 1830, la mode passa à des sujets plus grands, réalisés en laine sur canevas : bouquets, oiseaux, temples grecs, autels, ou encore copies de toiles célèbres. Les premiers modèles furent édités sous forme de cahiers, mais on s’aperçut rapidement qu’ils se vendaient plus facilement en feuilles séparés. Le prix variait selon la taille des patrons, le nombre de points et couleurs ; on pouvait aussi les louer pour une somme modique. On en trouvait chez les éditeurs, les libraires et les marchands de tableaux ainsi que chez les détaillants, où l’on pouvait également se procurer le matériel nécessaire à la réalisation des ouvrages.

Toute l’Europe s’adonna bientôt à la broderie de laine et la fabrication des modèles connut un véritable essor, soutenue par une exportation de plus en plus importante vers l’Amérique du Nord. Berlin devint rapidement le symbole de cette production et les notions de laine et de broderie de Berlin firent leur apparition. La création de diagrammes atteignit son apogée entre 1840 et 1850 (pour la seule année 1840, on dénombre quatorze mille dessins différents !), mais la demande diminua à partir de 1860. Les fabricants subirent la concurrence de plus en plus active des journaux de mode qui commençaient alors à publier des modèles pour leurs lectrices. Puis, d’autres pays commencèrent à produire eux-mêmes leur dessin, inspirés d’histoires et de motifs traditionnels de chaque région. La broderie de Berlin perdit ainsi son importance et aujourd’hui, chaque région dans le monde produit ses propres dessins, issus d’expérience personnelle et de symboles et couleurs spécifiques.

Source : « Autour du Fil, l’encyclodépedie des arts textiles », Editions Fogtdal, Paris, 1988, volume 3.

Un petit pas pour la planète !

Pour ma participation au salon des métiers d’art de Nancy, je lance une campagne pour financer mon stand. L’occasion de parler environnement, préservation de la nature, réduction de déchets… C’est un petit pas vers la défense de l’environnement, un tout petit pas, mais on peut commencer ainsi. Lors des salons auxquels je participe, les visiteurs me posent toujours beaucoup de questions concernant les matériaux que j’utilise. Et je les informe du recyclage, de l’achat de laine et coton chez des associations ou des particuliers, que je vais recycler, de ce choix concernant la planète et l’envie d’éviter que plus de produits, non utilisés, partent à la benne. Parce que, il faut le dire, beaucoup des laines que j’achète n’ont jamais été utilisées, partent encore leur étiquette avec la marque et la composition. J’ai pu ainsi constituer une collection d’anciennes étiquettes de pelotes de laine, toutes de marques qui n’existent plus !!!

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Plusieurs cadeaux sont offerts, sans frais de port, selon la participation de chacun. Comme ces petites pochettes en crochet, réalisées par mes soins :

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Broderie à fils tirés

Catégorie de broderies blanches ajourées caractérisée par le retrait préalable d’un certain nombre de fils du tissu, dans le sens de la trame, de la chaîne ou dans les deux sens. Les jours peuvent former un fond léger autour d’un motif en broderie pleine, occuper tout le champ d’un ouvrage ou encore souligner géométriquement un motif aux lignes souples. Les procédés utilisés sont fort nombreux, allant des barrettes aux points de reprise ou de surjet formant réseau jusqu’au retissage au point de toile, en passant par la mise en réserve de surfaces de tissu au milieu d’ajourages savants ou le travail des fils restants aux points de surjet, de reprise, d’esprit, de feston ou de boutonnière.

Cette broderie ajourée est pratiquée un peu partout dans le monde et depuis des siècles : on la trouve déjà sur les textiles coptes. La technique des fils tirés dans un seul sens est la plus ancienne ; c’est l’antique punto tirato italien, nommé aussi point à jours. Souvent travaillée en rivière – pour broder un ourlet, par exemple -, elle fait appel à des points très variés. On l’utilise souvent dans le corps d’un ouvrage pour délimiter des surfaces brodées ou ajourées. Le prutik ukrainien fait partie de ces ouvrages à fils tirés dans un seul sens ; en Suède, dans la région de la Scanie principalement, on peut trouver sur un ouvrage un même motif géométrique traité tantôt en broderie ajourée, tantôt sous forme de dentelle à l’aiguille.

Plus tard sont apparus les ouvrages aux fils tirés dans les deux sens qui relèvent du punto tagliato. Au cours de la Renaissance italienne, le linge de corps, la chemise en particulier, est devenu de plus en plus visible ; c’est vers cette époque que la reticella a fait son apparition sur les cols et les manchettes blanches. On a aéré progressivement cette broderie en retirant de plus en plus de fils ; à partir du réseau (rete en italien) ainsi obtenu, on a tendu de nouveaux fils, puis on les a recouverts de points de boutonnière et de surjet.

La broderie blanche reticella – qui donnera ensuite naissance à la dentelle à l’aiguille – s’est répandue dans toute l’Europe sous des formes très variées, influençant la broderie domestique comme les ouvrages religieux.

Les pays nordiques ont largement contribué à l’enrichissement du patrimoine européen des broderies à fils tirés grâce aux travaux danois d’Amager et de Hedebo, aux réalisations norvégiennes de Hardanger et de More, aux coiffes hollandaises et aux dentelles brodées de Dresde. La France s’est distinguée en ce domaine avec les jours d’Angles. Plus au sud, l’Espagne et le Portugal ont exporté leur savoir-faire en matière de broderie ajourée dans leurs colonies d’Amérique (au Mexique, notamment) et de l’Inde ainsi qu’aux Philippines. Les régions arménienne, caucasienne et grecque, enfin, ont produit d’exquises nappes à fils tirés ; l’Iran n’est pas demeuré en reste avec ses napperons finement décorés, tandis que les Afghanes continuent aujourd’hui encore à observer le monde à travers les grilles brodées de leurs voiles.

Vers le début du XXème siècle, les jours deviennent fort appréciés dans l’ornementation des corsages et des sous-vêtements fins, le plus couramment sous la forme de jours échelles doubles. Dans les années trente, le style linéaire très prisé en décoration, tant pour les tapis et les papiers muraux imprimés que pour les meubles, renforce la popularité des jours qui s’affirmera jusque vers 1950. On les retrouve ainsi sur des nappes d’étamine, encadrant d’autres broderies moins linéaires, ou sur les délicats mouchoirs de poche en lin confectionnés en Suisse et en Europe de l’Est. La lingerie fine ajourée à la machine apparaît sur le marché dans les années vingt et connaîtra dès lors un succès croissant.

La technique – L’étoffe à ajourer doit tout d’abord être tendue sur un métier. On procède ensuite au tirage des fils par petites surfaces, en utilisant une paire de ciseaux pointus et une aiguille à bout rond. On brodera de préférence sur une toile plus ou moins fine de lin – ou de coton -, de façon à pouvoir compter les fils aisément. Le fil doit être assorti à la qualité de l’étoffe.

L’aspect des jours à fils tirés dépend du nombre de fils ôtés, de la façon de les enlever et des types de broderie adoptés. Les motifs peuvent être reportés sur le tissu ou bien travaillés à fils comptés – du fait de la nature géométrique de cette broderie.

Sur certains ouvrages à fils tirés dans un sens, on enlève un ou quelques fils de trame pour broder une fine rivière, le long d’un ourlet notamment ; on brodera ainsi jours simples, doubles ou en échelle, par exemple. Sur d’autres, on retire plusieurs centimètres de fils pour former de larges bordures superposées qui composent un véritable fond. Dans ce second groupe, on distingue généralement quatre types de jours, en fonction du point de broderie utilisé : le point de surjet, le point de reprise, des points composés (croisé ou d’esprit, par exemple) ou des combinaisons des trois types précédents. Quel que soit le point employé, les fils rassemblés dessinent des motifs géométriques qui peuvent être très variés : lignes brisées, triangles ou losanges, par exemple. Les jours au point de surjet figurent parmi les plus anciens ; les points peuvent être brodés serré de manière à recouvrir entièrement le réseau de fils. Un groupe de fils peut aussi être simplement rassemblé au centre par un unique point de surjet et prendre ainsi une forme de faisceau. On peut en outre surjeter les fils un à un pour imprimer un mouvement de vague ; dans une variante que l’on retrouve sur les broderies de Ténérife et les jours d’Espagne, le point de surjet est remplacé par un nœud de type palestrina.

Dans les ouvrages au point de reprise, très fréquents en Scandinavie, les motifs sont composés de pavés plus ou moins aérés. Le point croisé – utilisé surtout en Suède – donne un résultat plus ferme que le point de surjet, mais moins dense que le point de reprise.

Les fils tirés dans les deux sens sont souvent rebrodés en barrettes au point de reprise ou de surjet. On commence par souligner sur l’étoffe les parties à éclaircir à l’aide de faufils ; ceux-ci doivent en principe passer au-dessus des fils à retirer et au-dessous des fils à conserver. On peut également broder les barrettes avant d’enlever les fils.

Pour le remplissage, on fait aussi appel à des points très variés : reprise, toile, esprit, boutonnière, fils lancés et rebrodés. Le point d’esprit est particulièrement employé dans les broderies scandinaves, soit pour former un décor, soit pour rebroder le réseau ajouré. Le point de boutonnière servait jadis à garnir le réseau de motifs de dentelle à l’aiguille – comme pour la reticella ; plus récemment, on s’en est servi pour recouvrir délicatement les fils lancés en diagonale à travers les mailles larges du réseau et former ainsi arceaux et roues.

Sources : « Autour du Fil, l’encyclopédie des arts textiles », Editions Fogtdal, Paris, 1990, volume 10.

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